Licencié pour faute grave, vous pensez avoir perdu tous vos droits au chômage ? Cette idée reçue est l'une des plus répandues, et l'une des plus fausses. En droit du travail, seul le caractère involontaire de la rupture conditionne l'accès à l'Aide au Retour à l'Emploi (ARE). Un licenciement, quelle qu'en soit la cause, répond pleinement à ce critère.
TL;DR : Cet article en bref
- Oui au chômage : un licenciement pour faute grave ouvre droit à l'ARE, car il constitue une rupture involontaire reconnue par l'Unedic.
- Pour être éligible, il faut justifier d'au moins 130 jours travaillés (ou 910 heures) sur les 24 derniers mois.
- Le montant de l'ARE oscille entre 30,42 € et 289,68 € par jour selon votre ancien salaire brut (barème France Travail 2026).

Licenciement pour faute grave : de quoi parle-t-on au juste ?
La faute grave est définie à l'article L1234-1 du Code du travail comme un manquement si sérieux qu'il rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, même pendant la durée du préavis. Elle entraîne un licenciement immédiat, sans préavis rémunéré ni indemnité légale de licenciement. C'est souvent à cette étape qu'intervient une mise à pied conservatoire, le temps que l'employeur finalise la procédure disciplinaire.
Les comportements les plus fréquemment qualifiés de fautes graves par les juridictions prud'homales incluent :
- Le vol de matériel, de fonds ou de données appartenant à l'employeur
- Les violences physiques ou verbales graves envers un collègue ou un supérieur hiérarchique
- L'insubordination caractérisée et répétée face à des directives légitimes de la direction
- La divulgation de secrets professionnels ou de données confidentielles à des tiers
- L'état d'ivresse manifeste sur le lieu de travail représentant un danger pour autrui
- L'abandon de poste prolongé sans information ni justification de l'employeur

Faute grave et chômage : oui, vous y avez droit !
Beaucoup de salariés licenciés pour faute grave pensent avoir perdu toute chance de toucher le chômage. Pourtant, selon la réglementation de l'Unedic, l'éligibilité à l'ARE repose uniquement sur le caractère involontaire de la rupture (critère que remplit parfaitement tout licenciement, y compris celui prononcé pour faute grave).
Ce que vous perdez effectivement, c'est l'indemnité légale de licenciement et le bénéfice du préavis rémunéré. Mais vos indemnités de congés payés restent dues, et votre droit à l'ARE demeure intact. La faute grave influe sur vos conditions de départ, pas sur votre accès à France Travail.
5 conditions pour toucher l'ARE après une faute grave
Votre licenciement pour faute grave n'est pas un obstacle à l'indemnisation chômage. Ce sont les 5 critères de l'article L5422-1 du Code du travail qui s'appliquent à vous, exactement comme à n'importe quel autre demandeur d'emploi. Les voici en détail.
Ne laissez pas le motif de votre licenciement vous décourager. Nous accompagnons régulièrement des salariés licenciés pour faute grave qui perçoivent l'ARE sans le moindre problème. Vos droits sont réels et identiques à ceux d'un licenciement économique : l'essentiel est de vérifier votre durée d'affiliation et de vous inscrire rapidement à France Travail.
Condition n°1 : 130 jours travaillés minimum sur les 24 derniers mois
La condition principale est d'avoir travaillé au moins 130 jours (ou 910 heures) au cours des 24 mois précédant la fin de votre contrat.
Cette période de référence est calculée sans distinction aucune selon le motif de licenciement : seul compte le temps effectivement travaillé ou légalement assimilé.
Les arrêts maladie, les congés maternité et les accidents du travail sont généralement intégrés dans ce décompte, ce qui peut élargir le nombre de jours pris en compte.
Condition n°2 : être physiquement apte à travailler
Vous devez être en capacité physique et médicale d'occuper un emploi pour prétendre à l'ARE. Cette condition exclut uniquement les personnes en incapacité totale de travail, reconnue et attestée médicalement.
En cas d'invalidité partielle ou de mi-temps thérapeutique, la situation se traite au cas par cas. Des droits partiels peuvent subsister selon votre catégorie d'invalidité et les règles de cumul applicables à votre situation personnelle.
Condition n°3 : résider en France
La résidence habituelle en France métropolitaine ou dans les DOM-TOM est indispensable pour percevoir l'ARE versée par France Travail.
Si vous partez vous établir à l'étranger après votre licenciement, vous perdez le bénéfice de l'indemnisation française, quand bien même vous auriez cotisé en France pendant de nombreuses années.
Condition n°4 : être à la recherche effective d'un emploi
S'inscrire à France Travail ne suffit pas : vous devez être en mesure de justifier de démarches actives de recherche d'emploi à tout moment de la durée d'indemnisation.
Cette obligation se concrétise par l'actualisation mensuelle de votre dossier et le respect de toutes vos convocations auprès de votre conseiller France Travail.
Tout manquement répété peut entraîner une suspension temporaire de vos droits, voire une radiation du dispositif.
Condition n°5 : ne pas avoir atteint l'âge légal de la retraite
L'ARE est réservée aux personnes n'ayant pas encore atteint l'âge légal de la retraite (64 ans depuis la réforme de 2023) ou ne réunissant pas toutes les conditions pour liquider une retraite à taux plein.
Si vous pouvez prétendre à une pension complète, France Travail vous orientera automatiquement vers ce dispositif, et non vers l'indemnisation chômage.
Quel montant d'allocation allez-vous percevoir ?
Le montant de votre ARE dépend directement de votre Salaire Journalier de Référence (SJR), calculé sur la base de vos salaires bruts perçus sur la période de référence. France Travail applique ensuite la plus favorable de 2 formules pour déterminer votre allocation quotidienne. Pour vous donner un ordre de grandeur concret, voici ce que donnent ces calculs à différents niveaux de salaire brut (données France Travail 2026) :
| Salaire brut mensuel | SJR estimé | ARE journalière | ARE mensuelle estimée (×30) |
|---|---|---|---|
| 1 500 € | 50 € | 32,20 € | 966 € |
| 2 000 € | 67 € | 38,93 € | 1 168 € |
| 3 000 € | 100 € | 57,00 € | 1 710 € |
| 4 500 € | 150 € | 85,50 € | 2 565 € |
| 6 000 € | 200 € | 114,00 € | 3 420 € |
Formule appliquée : 57 % du SJR retenue au-delà de 67 €/jour de SJR. Plancher minimal : 30,42 €/jour. Estimations à titre indicatif, le calcul réel dépend de votre historique de salaires exact.
Comment est calculé votre salaire journalier de référence ?
Le SJR est obtenu en divisant le total de vos salaires bruts perçus sur la période de référence par le nombre de jours calendaires correspondant. La période de référence est en principe constituée des 24 mois précédant la fin de votre contrat de travail.
France Travail retient ensuite 2 formules concurrentes : soit 40,4 % du SJR augmenté de 12 € par jour, soit 57 % du SJR. La formule la plus avantageuse pour vous est automatiquement sélectionnée.
Un plafonnement vient s'ajouter à ce calcul : le montant de l'ARE ne peut en aucun cas dépasser 75 % de votre SJR, une limite qui préserve l'écart financier entre emploi et indemnisation.
Plafonds et planchers de l'ARE : ce que vous allez réellement toucher
L'ARE est encadrée par 2 bornes absolues fixées chaque année par France Travail. Quelle que soit la formule retenue, votre allocation quotidienne ne peut ni descendre en dessous du plancher ni franchir le plafond.
Les 2 bornes applicables en 2026 sont les suivantes :
- Plancher : 30,42 € par jour (environ 912 € par mois)
- Plafond : 289,68 € par jour (environ 8 690 € par mois)
Au moment de recevoir votre solde de tout compte, vérifiez que toutes vos primes et éléments de rémunération variable ont bien été inclus, car ils entrent directement dans le calcul de votre SJR.

Combien de temps dure votre indemnisation ?
La durée de votre ARE est directement proportionnelle à votre durée d'affiliation, selon la règle posée par l'article L5422-7 du Code du travail : chaque jour travaillé pendant la période de référence génère un jour d'indemnisation. Cette logique s'applique de façon identique qu'il s'agisse d'un licenciement pour faute grave, d'un licenciement économique ou de toute autre rupture involontaire. Résultat : plus votre parcours avant le licenciement est long, plus votre protection le sera aussi.
L'âge joue toutefois un rôle déterminant sur la durée maximale allouée. Avant 53 ans, le plafond est fixé à 730 jours (soit environ 2 ans). Entre 53 et 54 ans, il passe à 913 jours. À partir de 55 ans, vous pouvez bénéficier d'une indemnisation allant jusqu'à 1 095 jours, soit presque 3 ans pour retrouver un poste. Pendant cette période, un logiciel de gestion des candidatures peut s'avérer précieux pour organiser méthodiquement vos démarches et suivre chaque opportunité sans en laisser passer aucune.
Comment s'inscrire et toucher l'ARE sans faux pas ?
L'inscription à France Travail est l'étape la plus critique de tout le processus. Elle doit être réalisée dans les 12 mois suivant la fin de votre contrat, mais attendre n'a aucun intérêt : chaque jour de délai repousse d'autant le démarrage effectif de vos droits. Voici les étapes et points de vigilance essentiels pour une inscription sans accroc :
- Inscrivez-vous dès le lendemain de votre licenciement sur le site de France Travail ou en agence, muni de votre lettre de licenciement et de votre attestation employeur.
- Rassemblez les documents indispensables : pièce d'identité, relevé d'identité bancaire (RIB), attestation employeur remise à la fin du contrat, et derniers bulletins de salaire.
- ⚠️ Ne comptez pas sur votre employeur pour agir rapidement : l'attestation employeur est souvent le document le plus long à obtenir. Relancez sans attendre, car France Travail ne peut pas ouvrir votre dossier sans elle.
- Anticipez le délai de carence de 7 jours : ces 7 premiers jours ne sont jamais indemnisés, quelle que soit votre situation.
- ⚠️ Si vous n'avez pas soldé tous vos congés payés, un différé d'indemnisation supplémentaire s'applique automatiquement, proportionnel au nombre de jours de congés non pris.
- Pensez à votre visibilité en ligne : mettre à jour votre profil sur une CVthèque en ligne est un réflexe simple qui peut nettement accélérer votre retour à l'emploi.
Anticipez la collecte des documents dès que la procédure disciplinaire est engagée. Nous recommandons de préparer l'attestation employeur, les bulletins de salaire des 12 derniers mois et votre RIB avant même la notification officielle du licenciement. Un dossier complet dès le premier jour d'inscription, c'est une indemnisation qui démarre sans aucun délai évitable.
Et si vous contestez le licenciement ?
Saisir le Conseil de Prud'hommes (CPH) pour contester votre licenciement pour faute grave ne suspend pas le versement de votre ARE. Vous continuez à percevoir vos allocations pendant toute la durée de la procédure, qui peut parfois s'étaler sur plusieurs années.
Le délai pour agir est impératif : vous disposez de 12 mois à compter de la notification du licenciement pour saisir le CPH. Passé ce délai, votre recours devient juridiquement irrecevable.
Si le conseil requalifie votre licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse, vous percevez des dommages et intérêts ainsi que le rappel des indemnités légales non versées. L'ARE perçue entre-temps n'est en revanche pas remboursable : ces 2 dispositifs fonctionnent de façon totalement indépendante l'un de l'autre.
FAQ : Tout savoir sur les allocations chômage après une faute grave
Un licenciement pour faute grave ouvre-t-il droit au chômage ?
Oui, sans exception. L'Unedic confirme que tout licenciement, quelle qu'en soit la raison, constitue une rupture involontaire du contrat de travail. Vous avez donc accès à l'ARE dès lors que vous remplissez les conditions d'affiliation (130 jours travaillés sur les 24 derniers mois) et les autres critères standard d'éligibilité. Le motif du licenciement n'entre jamais en ligne de compte.
Quelle différence entre faute grave et faute lourde pour le chômage ?
La faute lourde suppose une intention délibérée de nuire à l'employeur, ce qui est une qualification plus sévère que la faute grave. Sur le plan du chômage, les 2 motifs ouvrent droit à l'ARE dans les mêmes conditions, sous réserve de remplir les critères d'éligibilité. La distinction joue surtout sur les indemnités de départ : ni préavis ni indemnité légale de licenciement ne sont versés dans les 2 cas.
Combien de temps faut-il avoir travaillé pour toucher l’ARE ?
Il faut justifier d'au moins 130 jours travaillés (soit 910 heures) au cours des 24 mois précédant la fin de votre contrat. Cette condition s'apprécie sans distinction selon le motif de rupture. Les périodes assimilées à du temps de travail effectif (maladie professionnelle, congé maternité, accident du travail) peuvent également être intégrées dans ce décompte.
Quel est le montant du chômage après une faute grave ?
Le montant de l'ARE est calculé de façon identique pour tous les licenciements. Il oscille entre 30,42 € et 289,68 € par jour selon votre SJR. France Travail retient la formule la plus avantageuse entre 40,4 % du SJR augmenté de 12 € et 57 % du SJR, dans la limite absolue de 75 % de ce dernier. Le motif du licenciement n'influe en rien sur ce calcul.
Peut-on contester un licenciement pour faute grave ?
Oui, devant le Conseil de Prud'hommes, dans un délai strict de 12 mois à compter de la notification du licenciement. La procédure n'affecte pas votre ARE : vous continuez à être indemnisé pendant toute la durée du litige. En cas de requalification favorable, des indemnités supplémentaires vous sont dues, sans avoir à reverser les allocations déjà perçues.
Quand commence le versement de l’ARE après un licenciement pour faute grave ?
Le versement démarre après un délai de carence fixe de 7 jours, commun à toutes les situations de licenciement. À ce délai peut s'ajouter un différé spécifique lié aux congés payés non soldés au moment du licenciement. Ce différé est calculé en jours et peut repousser de plusieurs semaines le début effectif de votre indemnisation.
Que faire si France Travail refuse de m’indemniser ?
Commencez par demander les motifs précis du refus par écrit. Vous pouvez ensuite déposer un recours gracieux auprès de France Travail en apportant les pièces manquantes ou en contestant les motifs avancés. Si le refus est maintenu, il est possible de saisir le médiateur national de France Travail ou de porter l'affaire devant le tribunal judiciaire compétent. Conservez tous vos documents et échanges pour étayer votre dossier.
Puis-je cumuler ARE et activité réduite après une faute grave ?
Oui, sous certaines conditions. Si vous reprenez une activité partielle tout en restant inscrit comme demandeur d'emploi, vous pouvez cumuler une fraction de l'ARE avec votre nouveau salaire, dans la limite de votre revenu mensuel de référence. Ce mécanisme de cumul fonctionne de façon identique quel que soit le motif de votre licenciement antérieur, y compris la faute grave.
📚 SOURCES
- Unedic : Réglementation de l'assurance chômage, conditions d'éligibilité à l'ARE et définition des ruptures involontaires (2026)
- Service-Public.fr, fiche F1137 : Licenciement pour faute, conditions, procédure et droits du salarié (2026)
- Légifrance : Article L1234-1 du Code du travail (définition de la faute grave et conditions de licenciement immédiat)
- Légifrance : Articles L5422-1 et suivants du Code du travail (conditions d'éligibilité à l'ARE)
- Légifrance : Article L5422-7 du Code du travail (durée d'indemnisation chômage selon l'âge)
- France Travail : Montants planchers et plafonds de l'ARE en vigueur (2026)