Un accident survient, et la première question qui traverse l'esprit du salarié n'est pas médicale : c'est "qui va me payer demain ?" L'employeur prend-il le relais immédiatement ? La Sécurité sociale intervient-elle dès le lendemain ? Et à quel pourcentage ? Voici une réponse claire, acteur par acteur, montant par montant.
TL;DR : Cet article en bref
- Le jour de l'accident est intégralement pris en charge par l'employeur (obligation légale) ; dès J+1, la CPAM verse des IJ à 60% du salaire journalier de référence, sans délai de carence.
- Les IJ passent à 80% à partir du 29e jour ; l'employeur complète légalement jusqu'à 90% pendant 30 jours, puis 66,66% les 30 suivants (ancienneté minimale de 1 an requise).
- En cas d'incapacité permanente, la CPAM indemnise via un capital forfaitaire (IPP inférieur à 10%) ou une rente viagère (IPP égal ou supérieur à 10%), calculés selon le taux d'IPP et le salaire annuel.

Qui prend en charge votre rémunération dès le jour J ?
Le mécanisme de prise en charge financière repose sur 2 acteurs dont les rôles se succèdent selon un calendrier précis. Identifier clairement qui intervient à quel moment évite les mauvaises surprises sur votre fiche de paie.
Le jour de l'accident : une obligation employeur méconnue
Peu de salariés le savent, mais le jour où l'accident survient, votre rémunération est entièrement assumée par votre employeur. Cette obligation est inscrite dans le Code du travail et s'applique quelle que soit l'heure à laquelle vous avez quitté votre poste.
Votre ancienneté dans l'entreprise n'entre pas en jeu ici, et la gravité de l'accident non plus. L'employeur doit verser l'équivalent de votre journée de travail complète, sans possibilité de déduire un quelconque délai de carence. C'est une règle souvent confondue avec celle de l'arrêt maladie ordinaire, qui, lui, n'ouvre aucun droit à rémunération le premier jour.
Dès le lendemain : la CPAM entre en jeu
À partir du lendemain de l'accident (J+1), l'Assurance Maladie prend le relais via les indemnités journalières. Contrairement au régime maladie ordinaire, aucun délai de carence ne s'applique en cas d'accident du travail : l'indemnisation démarre dès le premier jour d'arrêt.
Ce déclenchement repose en pratique sur une attestation de salaire que l'employeur doit transmettre à la CPAM sans délai. C'est précisément ce document que le gestionnaire de paie de l'entreprise est chargé d'établir et d'envoyer. Une erreur ou un retard dans ce formulaire peut bloquer l'indemnisation du salarié pendant plusieurs semaines, ce qui n'est pas sans conséquences pour celui qui compte sur cet argent pour faire face à ses charges courantes.
Indemnités journalières CPAM : comment ça se calcule vraiment ?
Le taux des indemnités journalières versées par l'Assurance Maladie en cas d'accident du travail n'est pas fixe : il évolue en fonction de la durée de l'arrêt. Mieux vaut comprendre ce mécanisme avant d'en avoir besoin.
60% ou 80% de votre salaire : quelle période, quel taux ?
Du premier au 28e jour d'arrêt, la CPAM (Ameli.fr) verse 60% du salaire journalier de référence. Ce taux peut sembler acceptable à première vue, mais pour les salariés sans complément employeur, il représente une perte de revenus de 40%, loin d'être négligeable quand les charges courantes ne s'arrêtent pas.
À partir du 29e jour, le taux monte automatiquement à 80% du même salaire journalier de référence. Aucune démarche n'est nécessaire de votre part pour déclencher cette revalorisation.
| Période d'arrêt | Taux IJ CPAM | Plafond du salaire journalier de référence |
|---|---|---|
| J+1 à J+28 | 60 % | 1/30,42 du plafond mensuel SS |
| À partir de J+29 | 80 % | 1/30,42 du plafond mensuel SS |
En 2026, ce plafond représente environ 116 euros par jour. Pour les salaires élevés, l'écart entre la rémunération réelle et l'IJ plafonnée peut donc être très significatif.
Nous recommandons de vérifier dès la première attestation CPAM que le montant des IJ correspond bien à votre salaire réel. Des erreurs sur la base de calcul (oubli de primes, mauvaise période de référence) sont plus fréquentes qu'on ne l'imagine. En cas d'anomalie, contactez directement votre caisse pour en demander le détail.
Le salaire de référence : quelle base de calcul exactement ?
Le salaire journalier de référence est la fondation sur laquelle s'appliquent les taux de 60% ou 80%. Pour effectuer le calcul du salaire net de référence, la CPAM additionne l'ensemble des rémunérations brutes perçues au cours des 3 derniers mois civils précédant l'arrêt, puis divise ce total par 91,25 (nombre de jours moyens d'un trimestre). Primes, heures supplémentaires et avantages en nature figurant sur les bulletins de salaire entrent dans ce calcul. Si l'accident survient peu de temps après l'embauche, la période de référence est adaptée proportionnellement à la durée de présence réelle, afin de ne pas pénaliser les salariés récemment recrutés.
L'employeur doit-il compléter les indemnités CPAM ?
Les IJ de l'Assurance Maladie ne couvrent pas l'intégralité du salaire habituel, et cet écart peut peser lourd sur un budget familial. L'article D1226-1 du Code du travail prévoit un mécanisme de maintien de salaire à la charge de l'employeur, précisément pour atténuer cette perte de revenus.
Le maintien de salaire légal : 90% puis 66,66%
Pendant les 30 premiers jours d'arrêt, l'employeur est tenu de compléter les IJ de la CPAM pour atteindre 90% de la rémunération brute habituelle du salarié. Ce niveau de couverture est très proche du salaire normal, ce qui limite la perte financière sur la première période.
Du 31e au 60e jour d'arrêt, ce taux descend à 66,66%. Au-delà de 60 jours, aucun maintien légal n'est prévu, sauf si votre convention collective prévoit des dispositions plus favorables. En pratique, ce mécanisme fonctionne souvent par subrogation : l'employeur reçoit les IJ directement de la CPAM et vous verse le complément, sans que vous ayez à avancer quoi que ce soit.
Quelques conditions à respecter pour en bénéficier
Ce maintien de salaire n'est pas universel : il est subordonné à plusieurs conditions cumulatives. Le non-respect de l'une d'elles peut priver le salarié de ce complément pourtant précieux :
- Justifier d'au moins 1 an d'ancienneté dans l'entreprise à la date de l'accident.
- Faire reconnaître l'accident comme accident du travail par la CPAM.
- Recevoir des soins en France ou dans un pays de l'Union européenne.
- Respecter les obligations médicales imposées par la CPAM (envoi des avis d'arrêt, visites de contrôle).
- Percevoir effectivement des IJ de la part de l'Assurance Maladie.
Des solutions de gestion des effectifs permettent aux équipes RH de suivre ces droits automatiquement, en alertant lorsqu'une condition manque ou qu'une convention collective plus favorable s'applique.

Combien de temps sont versées les indemnités ?
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les IJ en cas d'accident du travail ne sont soumises à aucune durée maximale légale. Selon Service-Public.fr, elles sont versées tant que l'arrêt de travail est médicalement justifié et que le salarié n'est pas en mesure de reprendre son activité.
C'est à ce niveau que le médecin conseil de la CPAM joue un rôle clé. Il peut convoquer le salarié à tout moment pour évaluer son état de santé, prolonger l'arrêt ou au contraire constater la guérison. Le versement des IJ s'interrompt à la date de guérison complète ou, lorsque des séquelles subsistent, à la date de consolidation de l'état de santé.
Et en cas de rechute ? Si des symptômes réapparaissent après la reprise du travail et que le lien avec l'accident initial est médicalement établi, le salarié peut bénéficier à nouveau des IJ AT sans délai de carence, et ce même si plusieurs années se sont écoulées depuis l'accident d'origine. Il suffit de faire établir un certificat médical de rechute, distinct du certificat initial.
Ne reprenez jamais le travail sans avis médical formalisé, même partiellement. Une reprise non encadrée peut être interprétée par la CPAM comme une fin d'arrêt et entraîner la suspension immédiate des IJ. Nous recommandons de consulter le médecin traitant avant toute décision de retour anticipé, y compris dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique.
Et en cas d'incapacité permanente après l'accident ?
Tous les accidents du travail ne débouchent pas sur une guérison complète. Lorsque l'état de santé se stabilise avec des séquelles durables, la CPAM prononce la consolidation et évalue le degré d'incapacité permanente partielle (IPP). À ce stade, les indemnités journalières cessent et une nouvelle forme d'indemnisation prend le relais.
La rente d'incapacité permanente : qui la verse et quand ?
C'est la CPAM qui verse la prestation d'incapacité permanente, sans participation de l'employeur. Elle intervient dès que la consolidation est prononcée par le médecin conseil, qui fixe le taux d'IPP en tenant compte à la fois des séquelles médicales et de leur incidence sur la capacité de travail du salarié. Par ailleurs, les droits à congés acquis pendant la période d'arrêt donnent lieu au versement d'indemnités compensatrices de congés payés selon des règles spécifiques qu'il est utile de vérifier avec l'employeur dès la reprise.
Barème et montants : tout dépend du taux d'IPP
La nature de l'indemnisation dépend entièrement du taux d'IPP reconnu par la CPAM, conformément aux barèmes publiés par le CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale) :
| Taux d'IPP reconnu | Type d'indemnisation | Base de calcul indicative |
|---|---|---|
| Inférieur à 10 % | Capital forfaitaire (versement unique) | Taux IPP x salaire annuel x coefficient légal |
| Égal ou supérieur à 10 % | Rente viagère (versement mensuel) | Salaire annuel x taux IPP pondéré |
En deçà de 10%, le capital versé en une seule fois reste souvent modeste. Au-delà de ce seuil, la rente viagère assure un revenu complémentaire régulier, revalorisé chaque année selon les textes en vigueur.
Démarches obligatoires : qui fait quoi, et dans quels délais ?
La reconnaissance d'un accident du travail et l'ouverture des droits à indemnisation ne s'enclenchent pas automatiquement. Elles dépendent du respect de délais stricts par les 2 parties. Tout retard peut avoir des conséquences directes sur le versement des IJ, et il vaut mieux ne pas découvrir ces obligations le jour où elles s'appliquent.
La réactivité dans les premières 48 heures est déterminante. Nous recommandons aux services RH de disposer d'une procédure interne écrite, accessible à tous les managers, pour ne pas perdre de temps le jour J. Une bonne formation des équipes RH sur ces procédures évite des erreurs coûteuses et limite les risques de litiges ultérieurs.
Côté salarié : déclaration et suivi médical
En tant que salarié victime d'un accident, voici les étapes à respecter dans les meilleurs délais :
- Informer votre employeur dans les 24 heures suivant l'accident, sauf cas de force majeure (un écrit, même un simple email, est toujours préférable pour garder une trace).
- Consulter un médecin, qui établit le certificat médical initial (CMI) décrivant précisément les lésions constatées.
- Transmettre les volets du CMI à la CPAM dans les délais et en conserver un exemplaire.
- Respecter les prescriptions médicales et envoyer toutes les prolongations d'arrêt à la CPAM à chaque renouvellement.
Côté employeur : déclaration et envoi d'attestation de salaire
L'employeur dispose de 48 heures (hors dimanches et jours fériés) pour déclarer l'accident à la CPAM, via le portail Net-Entreprises. Les obligations à respecter dans ce délai sont les suivantes :
- Remplir et transmettre la déclaration d'accident du travail (DAT) à la CPAM.
- Envoyer l'attestation de salaire (formulaire CERFA), indispensable pour que la CPAM calcule les IJ.
- Remettre au salarié la feuille d'accident du travail (formulaire S6201), qui lui permet de bénéficier de la gratuité des soins liés à l'accident.
Si la CPAM ne se prononce pas dans les 30 jours suivant la réception d'un dossier complet, l'accident est automatiquement reconnu comme accident du travail.
FAQ : Tout savoir sur la prise en charge financière d'un accident du travail
Mon employeur peut-il refuser de me payer le jour de l’accident ?
Non, il s'agit d'une obligation légale sans exception. L'employeur doit verser l'intégralité de la rémunération due pour la journée de l'accident, quelle que soit l'heure à laquelle l'accident s'est produit. Un refus constitue un manquement à ses obligations légales, susceptible d'être porté devant le Conseil de prud'hommes. Votre ancienneté ou la nature de l'accident n'ont aucune incidence sur cette règle.
Que se passe-t-il si mon employeur ne déclare pas l’accident dans les 48h ?
En cas de non-déclaration dans les délais, l'employeur s'expose à une amende pouvant atteindre 750 euros. Le salarié conserve néanmoins ses droits : il peut lui-même signaler l'accident à la CPAM dans un délai de 2 ans. Ce retard ne supprime pas le droit à indemnisation, mais peut en différer le versement, d'où l'importance de relancer rapidement l'employeur défaillant et, si nécessaire, d'agir directement auprès de la caisse.
Les IJ accident du travail sont-elles imposables ?
Les indemnités journalières versées dans le cadre d'un accident du travail bénéficient d'une exonération partielle d'impôt sur le revenu. Depuis 2023, seule la moitié du montant des IJ est intégrée dans le revenu imposable. Cette règle s'applique automatiquement lors de votre déclaration annuelle de revenus, sans démarche spécifique de votre part. Les IJ AT restent donc fiscalement plus avantageuses que les indemnités maladie ordinaires.
Mon employeur peut-il déduire les IJ de mon salaire ?
C'est le principe même de la subrogation. L'employeur perçoit les IJ directement de la CPAM en votre nom, puis vous verse le complément pour atteindre le niveau de maintien de salaire auquel vous avez droit. Vous n'êtes pas payé deux fois : votre bulletin de paie reflète le maintien de salaire global, dont les IJ constituent une composante que l'employeur perçoit pour vous en amont.
Puis-je cumuler IJ CPAM et maintien de salaire employeur ?
Il ne s'agit pas d'un cumul au sens strict, mais d'un mécanisme de complément. L'employeur s'assure que la somme des IJ de la CPAM et de sa propre contribution atteint le taux de maintien garanti (90% puis 66,66%). La somme totale perçue ne peut pas dépasser votre salaire net habituel. Si votre employeur a opté pour la subrogation, ce calcul se fait en coulisses et vous percevez directement le montant garanti, sans avoir à vous en préoccuper.
Que faire si la CPAM refuse de reconnaître l’accident du travail ?
Vous disposez de 2 mois à compter de la notification du refus pour saisir la Commission de recours amiable (CRA) de votre caisse. Si la CRA confirme le refus, un recours devant le Tribunal judiciaire (pôle social) reste possible. Il est essentiel de rassembler dès le départ tous les éléments prouvant la matérialité de l'accident et son lien direct avec l'activité professionnelle, comme des témoignages de collègues ou des relevés de badgeage.
Les jours fériés et weekends sont-ils indemnisés pendant l’arrêt AT ?
Oui. Les IJ accident du travail sont calculées sur une base calendaire, c'est-à-dire 7 jours sur 7. Les samedis, dimanches et jours fériés donnent donc lieu au versement d'une indemnité journalière, contrairement au régime maladie ordinaire pour lequel certaines caisses appliquent des règles différentes.
📚 SOURCES
- Service-Public.fr (2026) : Indemnités journalières en cas d'accident du travail : montants, durées, conditions
- Ameli.fr, Assurance Maladie (2026) : Accident du travail : prise en charge et indemnités journalières
- Légifrance : Article D1226-1 du Code du travail (maintien de salaire par l'employeur)
- CLEISS, Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale (2026) : Prestations en cas d'accidents du travail et maladies professionnelles en France