Rémunération de l’apprenti en 2025: grilles et déterminants salariaux

En 2025, la grille de rémunération des apprentis n'a pas bougé d'un centime. Pourtant, un décret de mars 2025 a silencieusement modifié le régime des cotisations sociales, abaissant le seuil d'exonération à 50 % du SMIC. Résultat : des apprentis dont la rémunération dépasse légèrement ce seuil ont vu leur salaire net diminuer, sans que leur brut n'ait changé. Un paradoxe que beaucoup d'employeurs n'ont pas anticipé.

TL;DR : Cet article en bref

  • Grille 2025 : de 27 % à 100 % du SMIC selon l'âge et l'année de contrat, soit entre 486 € et 1 802 € brut mensuel.
  • Réforme mars 2025 : le seuil d'exonération des cotisations salariales est abaissé à 50 % du SMIC (900,90 €), ce qui peut réduire le net même à brut inchangé.
  • Les conventions collectives peuvent imposer des minima supérieurs au barème légal : vérifiez toujours la convention de branche applicable avant de signer.
salaire apprenti 2025

La grille de rémunération 2025 : combien touche un apprenti selon son profil ?

La rémunération d'un apprenti est encadrée par l'article L6222-27 du Code du travail : elle se calcule en pourcentage du SMIC, selon 2 paramètres croisés : l'âge de l'apprenti et son année d'exécution du contrat. Avec un SMIC fixé à 1 801,80 € brut mensuel en 2025 (source : Service-Public.fr), voici ce que cela représente concrètement.

Âge de l'apprenti1re année2e année3e année
Moins de 18 ans27 %, 486,49 €39 %, 702,70 €55 %, 990,99 €
18-20 ans43 %, 774,77 €51 %, 918,92 €67 %, 1 207,21 €
21-25 ans53 %, 954,95 €61 %, 1 099,10 €78 %, 1 405,40 €
26 ans et plus100 %, 1 801,80 €100 %, 1 801,80 €100 %, 1 801,80 €

Ces chiffres révèlent un écart considérable : entre un mineur en 1re année (486,49 €) et un apprenti de 26 ans (1 801,80 €), la différence atteint presque 1 300 € brut mensuel. Ce gap reflète la logique même du dispositif : l'apprentissage est conçu comme une montée en compétences progressive, et la rémunération accompagne ce parcours. Certaines entreprises complètent ce socle avec des avantages conventionnels, voire un 13ème mois selon les accords en vigueur dans leur branche.

Les 3 critères RH qui déterminent le salaire d'un apprenti

Le salaire d'un apprenti ne se lit pas simplement dans un tableau : il résulte de l'interaction entre 3 variables que tout responsable RH doit maîtriser avant de rédiger le contrat. Négliger l'une d'elles peut exposer l'entreprise à un rappel de salaire, ou à une sous-rémunération préjudiciable à l'apprenti.

  1. L'âge au moment de la signature du contrat. C'est la date de signature qui fait foi, et non l'anniversaire survenu en cours d'exécution. Un apprenti qui signe à 17 ans entre dans la grille "moins de 18 ans", même s'il fête ses 18 ans deux semaines plus tard. En pratique, signer à 17 ans en juin représente 774,77 € en moins par rapport à un démarrage après le 18e anniversaire, sur la même 1re année de contrat.
  2. L'année d'exécution du contrat, et non l'année scolaire. C'est un piège fréquent en RH : le passage à la 2e année intervient à la date anniversaire de signature, pas à la rentrée de septembre. Un contrat signé le 1er octobre 2025 passera en 2e année le 1er octobre 2026, et non le 1er septembre 2026. La distinction peut représenter un mois de salaire sous-évalué si l'entreprise cale son suivi sur le calendrier scolaire.
  3. La convention collective applicable à l'entreprise. Le barème légal constitue un plancher, pas un plafond. Plusieurs branches imposent des minima supérieurs : le bâtiment et les travaux publics, la métallurgie ou encore la coiffure prévoient des grilles conventionnelles qui majorent significativement la rémunération. Un logiciel de gestion de formation bien paramétré peut alerter automatiquement sur ces écarts et éviter les mauvaises surprises lors d'un contrôle URSSAF.

Avant de valider le contrat d'apprentissage, nous vous recommandons de consulter systématiquement la convention collective de votre branche via le moteur de recherche des conventions collectives sur Légifrance. Certaines grilles conventionnelles dépassent le minimum légal de 10 à 20 %, et l'employeur est tenu d'appliquer la disposition la plus favorable à l'apprenti.

Réforme 2025 des cotisations sociales : pourquoi votre net peut baisser

Avant mars 2025, les apprentis bénéficiaient d'une exonération totale de cotisations salariales sur l'intégralité de leur rémunération. Le décret de mars 2025 a modifié cette règle en fixant un nouveau seuil d'exonération à 50 % du SMIC, soit 900,90 € brut mensuel. Au-delà de ce montant, les cotisations salariales s'appliquent sur la part excédentaire.

Ce changement peut sembler anodin sur le papier. En réalité, il touche une proportion significative d'apprentis, notamment ceux dont la rémunération se situe entre 901 € et 1 400 € brut : les 18-25 ans en 2e ou 3e année de contrat.

Voici 3 situations concrètes pour mesurer l'impact réel de cette réforme :

  • Apprenti de 17 ans en 1re année (486,49 € brut) : en dessous du seuil de 900,90 €, il ne subit aucun impact. Son salaire net reste strictement identique à l'avant-réforme.
  • Apprenti de 21 ans en 2e année (61 % du SMIC, soit 1 099,10 €) : l'excédent soumis à cotisations représente environ 198 €. Les prélèvements sur cette fraction avoisinent 20 à 25 € mensuels supplémentaires.
  • Apprenti de 26 ans ou plus (100 % du SMIC, soit 1 801,80 €) : l'excédent soumis à cotisations atteint 900,90 €. L'impact sur le net peut s'élever à 150-180 € par mois, ce qui n'est pas négligeable pour un budget serré.

Quand et comment votre salaire d'apprenti évolue-t-il ?

La progression salariale d'un apprenti obéit à un mécanisme automatique, mais avec des dates précises qu'il vaut mieux connaître à l'avance. Le passage d'une année à l'autre intervient le 1er jour du mois suivant la date anniversaire du contrat : si le contrat a été signé le 15 septembre, la 2e année commence le 1er octobre de l'année suivante. Côté paie, rien ne s'ajuste seul : l'employeur doit impérativement mettre à jour le bulletin dès ce premier jour du mois.

Et ce n'est pas tout. Un 2e mécanisme s'ajoute au premier : le franchissement d'une tranche d'âge (18, 21 ou 26 ans) déclenche lui aussi une revalorisation, effective le 1er jour du mois suivant l'anniversaire. Ces 2 paramètres peuvent se cumuler dans la même période. Prenons l'exemple d'un apprenti qui fête ses 18 ans alors qu'il est en 2e année de contrat : il bascule de 39 % (tranche "moins de 18 ans", 2e année) à 51 % du SMIC (tranche "18-20 ans", 2e année), soit un gain de 216,22 € brut mensuel, sans aucune démarche de sa part.

et si vous changez d'employeur en cours de parcours ?

Et si vous changez d'employeur en cours de parcours ?

Rompre un contrat d'apprentissage ne remet pas les compteurs à zéro. Conformément à l'article D6222-28 du Code du travail, l'apprenti qui signe chez un nouvel employeur conserve le niveau de rémunération qu'il avait acquis : un apprenti en 2e année reste rémunéré comme tel chez son nouvel employeur, sans régression possible.

L'exception concerne le changement de niveau de formation. Si l'apprenti rompt son contrat de CAP en 2e année pour préparer un BTS chez un nouvel employeur, il repart en 1re année du BTS : le niveau de diplôme visé est supérieur, et la logique de progression reprend depuis le début sur ce nouveau cycle.

Lors d'un changement d'employeur, nous vous recommandons de vérifier scrupuleusement la correspondance entre le diplôme déjà visé et le nouveau. Si le niveau est identique ou inférieur, l'apprenti conserve sa rémunération acquise. Si le niveau est supérieur, le retour en 1re année est juridiquement justifié, mais doit être clairement expliqué à l'apprenti pour éviter toute incompréhension ou sentiment d'injustice.

Cas particulier des contrats d'apprentissage successifs

Lorsqu'un apprenti enchaîne 2 contrats chez le même employeur (par exemple un CAP suivi d'un Bac Pro dans la même entreprise), la rémunération ne peut jamais régresser. C'est un acquis social protégé : l'apprenti doit percevoir au minimum son dernier salaire de fin de contrat précédent. Les 3 situations les plus fréquentes à connaître sont les suivantes :

⚠️ Même employeur, diplôme de même niveau ou supérieur : la rémunération de départ du nouveau contrat est au moins égale au dernier salaire perçu. Toute clause contraire est nulle de plein droit.

⚠️ Échec à l'examen (redoublement) : l'apprenti qui renouvelle son contrat pour se représenter conserve sa rémunération de fin de 2e ou 3e année. Il ne revient pas en 1re année sur le plan salarial.

⚠️ Poursuite d'études ou complément de formation chez le même employeur : même principe, le salaire ne peut pas baisser. Si la solution d'onboarding utilisée par l'entreprise intègre un suivi des contrats successifs, ces règles peuvent être contrôlées automatiquement et sans risque d'erreur.

Au-delà du salaire : quels avantages financiers pour les apprentis ?

Le salaire brut ne représente qu'une partie de l'équation. L'apprenti bénéficie d'un ensemble d'avantages financiers qui renforcent considérablement l'attractivité du dispositif, autant du côté du candidat que de l'employeur qui recrute.

Parmi les aides et avantages actualisés, voici ce que l'apprenti peut mobiliser en 2026 :

  • Aide au permis de conduire : jusqu'à 500 € via le Compte Personnel de Formation pour financer le permis B, sous conditions d'éligibilité définies par le Ministère du Travail.
  • Aide au logement Mobili-Jeune : jusqu'à 100 € par mois accordés par Action Logement pour les apprentis locataires dont le loyer dépasse leur rémunération mensuelle.
  • Carte étudiante des métiers : accès aux tarifs réduits dans les transports (SNCF, RATP), les cinémas, les restaurants universitaires et de nombreux commerces partenaires.
  • Titres-restaurant : non obligatoires mais fréquents dans les entreprises de plus de 50 salariés, ils complètent utilement le revenu disponible au quotidien.
  • Remboursement à 50 % de l'abonnement transport : l'employeur est tenu de prendre en charge la moitié du coût des transports en commun, exactement comme pour tout salarié.
  • Exonération d'impôt sur le revenu : la rémunération perçue dans le cadre d'un contrat d'apprentissage est exonérée d'impôt jusqu'à 20 815 € par an (article 81 bis du Code général des impôts). Au-delà, seul l'excédent devient imposable.

Du côté de l'employeur, l'exonération quasi totale des charges patronales sur les salaires d'apprentis constitue un argument de poids à l'heure du recrutement. Une prime de partage de la valeur versée à un apprenti peut également compléter sa rémunération dans les conditions prévues par la loi, dès lors que les salariés de l'entreprise en bénéficient également.

FAQ : Tout savoir sur la rémunération des apprentis en 2025

Un apprenti de 17 ans qui fête ses 18 ans en cours de contrat : son salaire augmente quand ?

La revalorisation prend effet le 1er jour du mois civil suivant l'anniversaire. Si l'apprenti fête ses 18 ans le 12 mars, son nouveau taux entre en vigueur dès le 1er avril. Le passage à la tranche "18-20 ans" lui ouvre droit à une rémunération majorée, quelle que soit son année d'exécution du contrat. L'employeur doit mettre à jour le bulletin de paie dès ce mois, sans attendre la date anniversaire suivante.

Mon salaire d’apprenti est-il soumis à l’impôt sur le revenu ?

Non, dans la grande majorité des cas. La rémunération perçue dans le cadre d'un contrat d'apprentissage est exonérée d'impôt sur le revenu jusqu'à 20 815 € annuels en 2025, conformément à l'article 81 bis du Code général des impôts. En pratique, très peu d'apprentis dépassent ce plafond. Si c'est votre cas, seule la fraction excédant ce seuil sera intégrée dans votre base imposable et soumise au barème progressif.

L'employeur est tenu d'appliquer la rémunération la plus favorable, entre le minimum légal et le minimum conventionnel. La convention collective prime dans ce sens. Si votre branche fixe un minimum à 55 % du SMIC pour un apprenti de 18 ans en 1re année (au lieu de 43 % légalement), vous percevrez 990,99 € brut et non 774,77 €. Aucune dérogation à la baisse n'est possible, et l'URSSAF peut contrôler le respect de ces minima conventionnels.

Un apprenti peut-il toucher des heures supplémentaires rémunérées ?

Oui, dans les mêmes conditions qu'un salarié ordinaire. Dès lors que l'apprenti dépasse 35 heures hebdomadaires, les heures supplémentaires donnent droit à une majoration de salaire ou à un repos compensateur équivalent. Des règles spécifiques s'appliquent toutefois pour les apprentis mineurs (10 heures par jour maximum, 35 heures par semaine), que l'employeur doit respecter scrupuleusement sous peine de sanctions.

Quel est le salaire net approximatif d’un apprenti de 20 ans en 2e année après la réforme 2025 ?

Un apprenti de 20 ans en 2e année perçoit 51 % du SMIC, soit 918,92 € brut mensuel. Ce montant dépasse le seuil d'exonération de 900,90 € d'environ 18 €. Les cotisations salariales appliquées sur cet excédent représentent 3 à 5 € de prélèvements mensuels supplémentaires. Son salaire net avoisine donc 915 €, un impact très limité mais bien réel depuis l'entrée en vigueur de la réforme.

Un apprenti a-t-il droit aux mêmes primes que les autres salariés de l’entreprise ?

Oui, le principe d'égalité de traitement s'applique pleinement. L'apprenti accède aux mêmes primes que ses collègues salariés dès lors qu'il remplit les conditions d'attribution : participation aux résultats, intéressement, 13e mois si l'accord collectif le prévoit. Son processus d'intégration devrait d'ailleurs inclure une présentation claire de ces dispositifs dès l'entrée dans l'entreprise, pour éviter qu'il découvre ces droits tardivement ou par hasard.

📚 SOURCES

  • Code du travail, articles L6222-27 à L6222-29 : grille de rémunération des apprentis et règles de calcul par âge et année de contrat
  • Code du travail, article D6222-28 : conservation de la rémunération en cas de changement d'employeur en cours d'apprentissage
  • Service-Public.fr (2025) : SMIC mensuel brut 2025 fixé à 1 801,80 € pour 35 heures hebdomadaires
  • Décret relatif aux cotisations sociales des apprentis (mars 2025) : abaissement du seuil d'exonération salariale à 50 % du SMIC (900,90 €)
  • Code général des impôts, article 81 bis : exonération fiscale de la rémunération des apprentis jusqu'à 20 815 € annuels (2025)
  • Ministère du Travail (2025) : aide au permis de conduire (500 €) et aide au logement Mobili-Jeune via Action Logement (jusqu'à 100 €/mois)