68 % des managers intermédiaires déclarent se sentir isolés dans leur rôle. Paradoxe révélateur : les entreprises investissent massivement dans la formation au management de proximité, mais négligent presque systématiquement la coordination de ces managers entre eux. Le pilotage des managers est devenu l'angle mort des directions RH en 2026.
TL;DR : Cet article en bref
- Le management in management couvre 3 enjeux distincts : alignement stratégique, cohérence des pratiques et développement professionnel des managers.
- 4 leviers actionnables dès aujourd'hui : rituels collectifs et individuels, feedback croisé entre pairs, outils partagés, formation continue.
- Les erreurs fatales : traiter les managers comme des collaborateurs lambda, déléguer la coordination aux opérationnels, multiplier les rituels sans agenda structuré.

Management des managers : clarifier le périmètre en 2 minutes
Le management in management désigne le pilotage des managers par leurs supérieurs hiérarchiques (DRH, directeurs de pôle, N+2). Il ne s'agit pas de manager une équipe opérationnelle, mais de coordonner des individus dont le métier est précisément de manager d'autres personnes. La nuance est fondamentale : un manager de managers actionne des leviers d'ordre stratégique et culturel, là où le management classique agit sur des leviers opérationnels et techniques.
Les 4 fonctions fondamentales du management (planifier, organiser, diriger, contrôler) s'appliquent différemment à ce niveau. Prenons un exemple concret : une DRH qui pilote 8 managers de service, chacun d'eux coordonnant entre 10 et 15 collaborateurs, ne peut pas se contenter de vérifier que les reportings sont rentrés à temps. Elle doit s'assurer que chaque manager traduit correctement la stratégie RH dans ses pratiques quotidiennes, qu'il développe ses propres compétences et qu'il joue collectif avec ses pairs.
3 enjeux RH spécifiques quand vous gérez des managers
Piloter des managers ne s'improvise pas. Les défis propres à ce niveau de coordination sont d'une nature différente de ceux rencontrés en management de proximité, et les ignorer peut coûter cher à l'organisation.
- Alignement stratégique et cascade des objectifs. Un manager mal aligné ne transmet pas simplement de mauvais objectifs : il les distord à chaque niveau de son équipe. Le résultat, souvent invisible pendant des mois, se manifeste lors des revues de performance sous forme d'écarts inexpliqués entre ambition stratégique et réalité terrain. L'indicateur de suivi RH à surveiller : le taux de déclinaison effective des OKR (Objectifs et Résultats Clés) entre le comité de direction et les équipes opérationnelles.
- Homogénéité des pratiques managériales entre équipes. Dans une organisation de taille moyenne, une proportion significative de managers pilotent leurs équipes de manière radicalement différente, sans en avoir conscience. Cette hétérogénéité crée des inégalités de traitement perçues, des tensions entre services et un sentiment d'injustice qui alimente le turnover. La people review permet justement de croiser les regards et d'objectiver ces écarts de pratiques, en s'appuyant sur des données partagées plutôt que sur des impressions isolées.
- Développement professionnel des managers eux-mêmes. Le pire ? Les managers sont souvent les grands oubliés des plans de développement. Trop seniors pour les parcours juniors, pas encore dans le scope des programmes dirigeants, ils se retrouvent dans un no man's land de formation. L'indicateur à suivre ici : le nombre d'heures de formation managériale effectivement consommées par vos managers au cours des 12 derniers mois.
Pour assurer la cohérence managériale, nous recommandons de cartographier les pratiques de chaque manager une fois par an, lors d'un entretien dédié distinct de l'entretien annuel classique. Cette cartographie révèle les angles morts collectifs et permet de construire des actions de développement ciblées plutôt que génériques.
Comment coordonner vos managers au quotidien ?
La coordination des managers repose sur 4 leviers complémentaires. Chacun répond à un besoin spécifique : créer du rythme collectif, générer de l'intelligence entre pairs, donner de la visibilité transverse et maintenir la montée en compétences. L'erreur serait d'en activer un seul en pensant que les autres suivront naturellement.
Rituels managériaux : cadence et formats qui marchent
Les rituels collectifs (comité des managers, hebdomadaire ou bihebdomadaire selon la taille de la structure) créent le cadre d'alignement indispensable. Dans une organisation de plus de 200 salariés, une revue trimestrielle des pratiques managériales vient compléter ce dispositif en permettant de prendre de la hauteur sur les dynamiques en cours.
En parallèle, les points one-to-one entre le DRH et chaque manager (mensuel pour les plus expérimentés, bimensuel pendant les 12 premiers mois de prise de poste) permettent d'adresser ce qui ne se dit pas en collectif. C'est souvent dans ces espaces que les signaux faibles émergent le plus clairement.
Feedback croisé entre pairs : créer de l'intelligence collective
Le peer learning entre managers reste largement sous-exploité dans la majorité des organisations. Pourtant, un manager qui apprend d'un autre manager de même niveau intègre mieux les bonnes pratiques que via un consultant externe, parce que le contexte est partagé et la légitimité perçue différemment. Les formats qui produisent des résultats tangibles sont les suivants :
- Co-développement managérial (groupes de 6 à 8 managers, séances mensuelles de 2h)
- Shadowing croisé (un manager observe un pair pendant une demi-journée sur une problématique concrète)
- Groupes de pratique thématiques (ex. : conduire un entretien difficile, piloter la performance en période de tension)
Outils partagés et visibilité transverse des équipes
Un tableau de bord RH partagé entre managers change profondément la dynamique collective. Quand chaque manager visualise non seulement ses propres indicateurs, mais aussi ceux de ses pairs, le pilotage devient un exercice collectif plutôt qu'un reporting solitaire. Les 4 indicateurs à intégrer en priorité dans ce tableau de bord : taux d'absentéisme par équipe, taux d'engagement, avancement des objectifs trimestriels et indicateur de charge de travail perçue. Un SIRH centralisé avec un accès partagé aux données d'équipe facilite cette transparence sans alourdir les processus existants.
Formation continue : upskiller les managers en continu
La formation initiale (lors de la prise de poste managériale) n'est que le point de départ. La vraie montée en compétences se construit dans la durée, grâce à des dispositifs adaptés aux contraintes du travail en équipe des managers en activité. Les formats les plus efficaces en 2026 :
- Parcours e-learning modulaire (20 à 30 minutes par semaine, intégré dans l'agenda)
- Certifications managériales reconnues (ex. : certification ILM, parcours AFNOR management)
- Coaching individuel externe (6 à 12 séances, particulièrement pertinent en 2e ou 3e année de management)

Outiller le pilotage : rôle des RH et systèmes support
Le choix des outils conditionne directement la qualité du pilotage. C'est d'autant plus critique que le marché des solutions RH s'est considérablement densifié ces 3 dernières années, rendant le panorama difficile à déchiffrer pour une DRH déjà sollicitée sur de multiples fronts.
Le bon logiciel de talent management ne se choisit pas uniquement sur la base des fonctionnalités listées dans les fiches commerciales. La maturité RH de l'organisation, la taille de l'équipe managériale et le budget disponible orientent le choix autant que les features.
| Type d'outil | Fonction clé | Public cible | Ticket d'entrée moyen |
|---|---|---|---|
| SIRH avec module manager | Tableau de bord, reporting d'équipe, suivi des objectifs | ETI et grandes entreprises | À partir de 8 €/utilisateur/mois |
| Plateforme d'engagement | Mesure du climat managérial, pulse surveys | PME et ETI | À partir de 3 €/utilisateur/mois |
| LMS (Learning Management System) | Formation continue, suivi des parcours managériaux | Toutes tailles | À partir de 2 €/utilisateur/mois |
| Outil OKR | Cascade et suivi des objectifs stratégiques | Start-up et scale-up | À partir de 5 €/utilisateur/mois |
| Logiciel de feedback continu | Feedback 360°, pair-à-pair, entretiens structurés | ETI et grandes entreprises | À partir de 4 €/utilisateur/mois |
Et ce n'est pas tout. La tendance de 2026 est clairement à l'agrégation : les SIRH généralistes intègrent progressivement des modules de feedback et d'OKR, réduisant le besoin d'empiler plusieurs solutions indépendantes.
Nous recommandons de cartographier vos processus existants avant de sélectionner un outil. Un outil performant déployé sur un processus flou amplifie la confusion plutôt qu'il ne la résout. Priorisez 1 ou 2 cas d'usage clés, déployez, mesurez l'impact, puis étendez progressivement le périmètre.
Les pièges à éviter absolument…
Piloter des managers requiert une posture radicalement différente du management opérationnel. L'intelligence émotionnelle y joue un rôle prépondérant, parce que les erreurs se paient souvent à retardement et de manière invisible. Voici les 5 pièges les plus fréquents que nous observons sur le terrain :
⚠️ Traiter les managers comme des collaborateurs lambda. Un manager a des besoins de reconnaissance, de développement et d'autonomie différents d'un opérationnel. L'ignorer génère une démotivation silencieuse, difficile à détecter avant le moment de la démission. Bonne pratique : réaliser des entretiens de développement dédiés, distincts des entretiens classiques de performance.
⚠️ Micro-manager les managers. Surveiller chaque décision d'un manager détruit sa crédibilité auprès de son équipe et érode la confiance mutuelle. La conséquence concrète : des managers en retrait, qui attendent les consignes plutôt que de prendre des initiatives. La bonne pratique consiste à fixer des résultats attendus clairs et à laisser de la latitude sur les moyens.
⚠️ Déléguer la coordination aux opérationnels. Faire porter la cohérence managériale par un chef de projet ou un responsable métier est un raccourci qui se paye rapidement. Ce rôle appartient à la fonction RH et à la direction, pas à la ligne opérationnelle.
⚠️ Négliger le développement des managers. Un manager qui stagne professionnellement finit par stagner dans son management. Résultat : des pratiques qui s'enkystent et une équipe qui en subit les effets année après année, souvent sans pouvoir en identifier la cause.
⚠️ Multiplier les rituels sans agenda clair. Accumuler des réunions de managers sans objectif précis crée de la fatigue organisationnelle sans produire d'alignement réel. Chaque rituel doit avoir un livrable attendu identifiable en amont.
FAQ : Tout savoir sur le management des managers en entreprise
Quelle différence entre manager et manager de managers ?
Un manager opérationnel pilote des collaborateurs sur des tâches, des projets et des objectifs de performance individuelle. Un manager de managers (N+2 ou DRH) pilote des individus dont le cœur de métier est précisément de manager. Son rôle porte sur la stratégie, la cohérence des pratiques et le développement des personnes, non sur l'exécution quotidienne des opérations.
Comment évaluer la performance d’un manager ?
L'évaluation d'un manager ne peut pas reposer uniquement sur les résultats chiffrés de son équipe. Elle doit intégrer plusieurs dimensions complémentaires : la qualité des entretiens annuels d'évaluation qu'il conduit, le taux d'engagement de son équipe, son taux de turnover spécifique, sa capacité à développer ses collaborateurs sur le long terme et la manière dont il incarne les valeurs de l'organisation au quotidien.
Combien de managers un DRH peut-il piloter efficacement ?
La règle empirique que nous observons dans nos accompagnements terrain est d'environ 8 à 12 managers par DRH, selon la complexité des périmètres et la maturité des personnes concernées. Au-delà de 12 managers, le pilotage individuel devient superficiel et la fonction RH perd en impact réel. Dans ce cas, déléguer une partie du pilotage à des HRBP (Human Resources Business Partners) est une option structurante à envisager.
Le management in management s’applique-t-il aux PME ?
Oui, dès lors qu'une PME compte au moins 2 ou 3 managers. Les outils et rituels doivent être adaptés à la taille (moins de formalisme, plus d'agilité), mais les enjeux d'alignement et de cohérence des pratiques sont identiques. Une PME de 50 personnes avec 3 managers non coordonnés subit les mêmes dysfonctionnements qu'une grande entreprise, à une échelle plus visible et plus immédiate.
Quels indicateurs RH pour suivre la qualité du management intermédiaire ?
Les indicateurs les plus pertinents à croiser pour obtenir une image fidèle de la qualité managériale réelle sont les suivants :
- Taux d'engagement par équipe (via pulse surveys trimestriels)
- Taux de turnover volontaire différencié par périmètre managérial
- Taux de complétion des entretiens individuels et des objectifs fixés
- NPS (Net Promoter Score) managérial mesuré auprès des collaborateurs
- Taux de participation aux rituels collectifs de managers
Ces données croisées dépassent largement les impressions de surface et permettent d'orienter les actions de développement avec précision.
📚 SOURCES
- Henri Fayol, "Administration Industrielle et Générale" (1916) : modèle PODC (Planifier, Organiser, Diriger, Contrôler), base théorique du management appliqué au layer manager
- Peter Drucker, "The Practice of Management" (1954) : fondements du rôle du manager et application au management de managers
- Baromètre Ayming-Ifop sur l'absentéisme et le bien-être en entreprise (édition 2025) : données sur l'isolement des managers intermédiaires
- Ministère du Travail : dispositifs de formation professionnelle continue applicables aux managers (Plan de développement des compétences, CPF), réglementation en vigueur 2026