Reprendre le travail après des semaines d'arrêt, c'est rarement une décision simple. Le corps réclame encore du temps, mais l'envie de retrouver son activité (et parfois la nécessité financière) pousse vers la reprise. Le temps partiel thérapeutique (TPT) offre précisément cette troisième voie : reprendre une activité réduite, médicalement encadrée, tout en maintenant jusqu'à 90 % de son salaire.
TL;DR : Cet article en bref
- Jusqu'à 90 % du salaire maintenu grâce au cumul salaire employeur + IJSS, sur 12 mois renouvelables une fois.
- 5 quotités possibles (50 %, 60 %, 70 %, 80 %, 90 %) fixées par le médecin-conseil de la CPAM, pas librement choisies par le salarié.
- Prescription médicale obligatoire + accord tripartite (médecin-conseil, employeur, salarié) avant tout démarrage effectif du dispositif.

Temps partiel thérapeutique : de quoi parle-t-on exactement ?
Le temps partiel thérapeutique est encadré par l'article L323-3 du Code de la Sécurité sociale. Il autorise un salarié en arrêt maladie à reprendre son activité de façon progressive et à temps réduit, lorsque cette reprise est jugée médicalement favorable à sa guérison ou à sa réadaptation professionnelle.
Ce dispositif ne se confond pas avec un simple aménagement de poste décidé à l'amiable entre le salarié et son employeur. À la différence d'un arrêt maladie classique (où le salarié est en inactivité totale et ne perçoit que des indemnités journalières de la CPAM), le TPT implique une reprise effective : le salarié travaille, produit, et reçoit en contrepartie un salaire de son employeur complété par des indemnités journalières. Les règles applicables aux congés payés et arrêt maladie évoluent d'ailleurs dès l'instant où cette reprise partielle est en cours.
Qui peut bénéficier d'un temps partiel thérapeutique ?
Le TPT ne s'ouvre pas à tous les salariés sans distinction. La condition première est médicale : le médecin traitant prescrit ce mode de reprise, et le médecin-conseil de la CPAM valide la prescription avant tout démarrage. Sans cet accord de la Sécurité sociale, aucune indemnité journalière complémentaire ne peut être versée pendant la période de travail réduit.
Voici les principales conditions à réunir pour accéder au dispositif :
- Disposer d'une prescription établie par son médecin traitant, mentionnant la quotité recommandée et la durée envisagée.
- Obtenir la validation du médecin-conseil de la CPAM, seul habilité à fixer officiellement la quotité applicable.
- Avoir des droits restants aux indemnités journalières (le cumul de versement ne peut excéder 3 ans pour une affection longue durée).
- Relever du secteur privé, de la fonction publique ou du régime des TNS (chaque régime obéit à ses propres modalités d'accès).
- Justifier que la reprise progressive est médicalement bénéfique pour la guérison, et non uniquement souhaitée pour des raisons d'organisation interne.
Un burnout sévère suite à un épuisement professionnel constitue l'un des cas les plus fréquents de recours au TPT, à condition que le médecin traitant estime la reprise active favorable à la récupération du salarié.
Combien de temps peut-on travailler en temps partiel thérapeutique ?
Le dispositif ouvre droit à 5 paliers de travail : 50 %, 60 %, 70 %, 80 % ou 90 % d'un temps plein. Ces quotités ne sont pas librement choisies par le salarié ou l'employeur : c'est le médecin-conseil de la CPAM qui les arrête, en fonction de l'état de santé réel au moment de la demande.
Cette quotité peut progresser dans le temps. Une première période à 50 % peut être relevée à 70 % lors d'un renouvellement, puis à 90 %, si l'état de santé le permet et si le médecin-conseil valide cette évolution.
La durée maximale est de 12 mois, continus ou fractionnés, renouvelable une seule fois. Le total potentiel atteint donc 24 mois. Au-delà, si la reprise à temps plein reste impossible, d'autres dispositifs (invalidité, reconnaissance d'inaptitude) doivent être envisagés.
Nous recommandons de ne pas viser d'emblée la quotité la plus haute. Une progression par paliers (50 %, puis 70 %, puis 90 %) favorise une meilleure réintégration et réduit sensiblement le risque de rechute. Le médecin-conseil est généralement réceptif à cette approche graduelle, à condition qu'elle soit médicalement argumentée par le médecin traitant.
Quel salaire touche-t-on en temps partiel thérapeutique ?
Le TPT repose sur un mécanisme à 2 sources de revenus cumulées. L'employeur verse un salaire proportionnel aux heures effectivement travaillées (par exemple 80 % du brut pour une quotité de 80 %). La CPAM complète avec des indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS), calculées sur la base d'un salaire journalier de base (SJB).
Ce SJB correspond à la moyenne des salaires bruts des 3 derniers mois civils précédant l'arrêt, divisée par 91,25 (nombre de jours moyens d'un trimestre). Les IJSS versées en TPT représentent 50 % de ce SJB, dans la limite du plafond journalier de la Sécurité sociale (environ 52 € en 2026 pour la maladie non professionnelle). Résultat : le taux global de maintien se situe entre 70 % et 95 % du salaire brut, selon la quotité retenue et les éventuels maintiens prévus par la convention collective.
Prenons un exemple concret. Un salarié percevant 2 500 € brut mensuel, en TPT à 80 %, reçoit 2 000 € brut de son employeur. Son SJB est de 2 500 / 91,25 = 27,40 €, ce qui donne des IJSS de 13,70 € par jour, soit environ 411 € sur un mois de 30 jours. Ce salarié touche au total environ 2 411 € brut, soit 96 % de son salaire initial.
Et ce n'est pas anodin côté RH : la fiche de paie doit comporter une ligne dédiée au TPT, et la DSN doit être renseignée avec le code de situation approprié. Un logiciel de bulletin de paie paramétré pour le TPT évite les erreurs de codification, fréquentes sur ce type de dossier et potentiellement coûteuses en régularisations.

Quelle procédure suivre pour mettre en place un temps partiel thérapeutique ?
La mise en place d'un TPT exige de coordonner plusieurs acteurs simultanément : médecin traitant, salarié, médecin-conseil de la CPAM et employeur. Voici les 7 étapes clés à respecter pour un démarrage sans accroc :
- Médecin traitant : prescription du TPT avec quotité recommandée et durée envisagée, remise au salarié lors de la consultation.
- Salarié : transmission de la prescription à la CPAM et demande formelle de TPT auprès de l'employeur.
- Médecin-conseil CPAM : examen du dossier et validation de la quotité (délai habituel : 48 h à 5 jours ouvrés).
- Accord tripartite : confirmation de la quotité et de l'organisation pratique entre médecin-conseil, employeur et salarié.
- Employeur : établissement de l'attestation de salaire (formulaire Cerfa S3201) transmise à la CPAM pour le calcul des IJSS.
- Démarrage effectif : reprise du travail à la quotité fixée, avec déclaration dans la DSN du mois correspondant.
- Suivi médical : visite de reprise avec le médecin du travail dès le premier jour, puis visite de mi-parcours si le TPT excède 6 mois.
Une attestation de salaire transmise tardivement ou un dossier incomplet peut décaler le versement des IJSS de plusieurs semaines, une situation particulièrement inconfortable pour le salarié en cours de rétablissement.
Quels sont les droits du salarié pendant cette période ?
Le TPT ne fragilise pas la situation contractuelle du salarié. La protection contre le licenciement reste entière pendant toute la durée du dispositif, et les droits connexes sont largement préservés. Voici les 5 garanties essentielles sur lesquelles le salarié peut s'appuyer :
- Protection de l'emploi : le licenciement n'est possible que pour faute grave ou impossibilité absolue et démontrée de maintenir le contrat.
- Congés payés : l'acquisition continue sur la base des heures travaillées et des périodes indemnisées par la CPAM.
- Ancienneté : elle progresse normalement, sans interruption ni proratisation liée à la quotité de travail.
- Cotisations retraite : assises sur le salaire reconstitué à temps plein théorique, ce qui protège intégralement les droits futurs du salarié.
- Visites médicales : visite de reprise obligatoire dès le premier jour, puis visite de mi-parcours si le TPT dépasse 6 mois.
Un point de vigilance majeur : l'employeur ne peut pas modifier unilatéralement la quotité fixée par le médecin-conseil, même si les contraintes internes évoluent. Par ailleurs, un logiciel de gestion de mutuelle permettra de s'assurer que les garanties prévoyance restent bien actives durant toute la période, un détail souvent négligé dans la pratique.
Nous recommandons aux employeurs d'anticiper la reprise en contactant le médecin du travail dès la prescription du TPT, sans attendre la visite obligatoire. Un échange en amont permet d'identifier les aménagements de poste nécessaires et d'éviter tout blocage le jour de la reprise effective. La coordination précoce entre RH, manager et médecine du travail reste le principal facteur de réussite d'un retour durable.
Quelques spécificités pour la fonction publique
Un décret publié au Journal officiel du 31 juillet 2026 a partiellement aligné les règles du TPT dans la fonction publique sur celles du secteur privé. Les 5 quotités (50 % à 90 %) s'appliquent désormais de façon uniforme aux 3 versants (FPE, FPT et FPH), une harmonisation attendue depuis plusieurs années.
Pourtant, des spécificités importantes subsistent et varient selon le versant. Les agents titulaires de la FPH bénéficient d'un maintien de rémunération à 100 % pendant les 6 premiers mois de TPT, un avantage inexistant dans le secteur privé. La durée maximale peut également dépasser 12 mois dans certains cas, selon la nature de la pathologie et le versant concerné.
La procédure reste sensiblement plus lourde qu'en entreprise privée. Les agents titulaires doivent obtenir l'avis du comité médical avant tout démarrage, et les agents contractuels relèvent d'une délibération propre à leur versant d'appartenance.
Et en cas de refus ou de difficulté ?
Un employeur peut légitimement refuser un TPT, mais les motifs recevables sont strictement encadrés par les textes. L'impossibilité réelle d'adapter le poste à la quotité prescrite ou la désorganisation grave et documentée du service constituent les seuls arguments solides. Un refus fondé sur de simples contraintes organisationnelles légères exposerait l'employeur à un contentieux. Lorsque la situation évolue vers une inaptitude et licenciement, les obligations de l'employeur sont encore plus encadrées.
Motifs de refus recevables pour l'employeur :
- Impossibilité technique avérée d'adapter le poste à la quotité prescrite par le médecin-conseil.
- Désorganisation grave du service, documentée par des éléments factuels précis (pas simplement alléguée).
- Avis défavorable du médecin du travail sur la compatibilité entre la reprise partielle et le poste occupé.
Recours du salarié en cas de refus :
- Saisine de l'inspection du travail dans les 2 mois suivant la notification écrite du refus par l'employeur.
- Médiation via le médecin du travail, qui peut proposer une solution alternative d'aménagement acceptable pour les 2 parties.
- Contentieux prud'homal en dernier recours, en constituant un dossier de preuves (échanges écrits, refus formalisé, prescriptions médicales datées).
FAQ : Tout savoir sur le temps partiel thérapeutique
Quelle différence entre un arrêt maladie et un temps partiel thérapeutique ?
L'arrêt maladie suspend totalement l'activité du salarié : il ne travaille pas et perçoit uniquement des IJSS versées par la CPAM. Le TPT implique une reprise partielle et effective, avec un salaire versé par l'employeur pour les heures réellement travaillées et des IJSS complémentaires de la CPAM. C'est un dispositif de transition active vers le temps plein, pas une prolongation déguisée de l'inactivité.
Peut-on refuser un temps partiel thérapeutique au salarié ?
Oui, mais uniquement pour des motifs sérieux et documentés : impossibilité d'adapter le poste, désorganisation grave démontrée ou avis défavorable du médecin du travail. Un refus sans justification solide expose l'employeur à un contentieux prud'homal. La médiation via le médecin du travail est souvent une voie plus efficace avant d'en arriver à un refus formel.
Le temps partiel thérapeutique compte-t-il pour la retraite ?
Oui. Les cotisations retraite sont calculées sur la base du salaire reconstitué à temps plein théorique, et non sur le seul salaire partiel versé par l'employeur. Cette règle protège intégralement les droits futurs du salarié. Les trimestres validés pendant la période de TPT sont comptabilisés normalement, sans aucune décote liée à la quotité de travail réduite.
Quel est le salaire minimum garanti en temps partiel thérapeutique ?
Il n'existe pas de minimum fixe universel. Le salarié perçoit la combinaison du salaire partiel (proportionnel à la quotité travaillée) et des IJSS représentant 50 % du salaire journalier de base. Le total varie généralement entre 70 % et 95 % du salaire brut, selon la quotité retenue et les éventuels maintiens prévus par la convention collective applicable.
Combien de temps peut durer un temps partiel thérapeutique maximum ?
La durée maximale est de 12 mois, consécutifs ou fractionnés. Ce délai est renouvelable une fois, portant le total potentiel à 24 mois. C'est le médecin-conseil de la CPAM qui valide chaque période de prise en charge. Au-delà de 24 mois, si la reprise à temps plein reste impossible, l'invalidité ou la reconnaissance d'inaptitude doivent être envisagées.
Qui décide de la quotité de travail en temps partiel thérapeutique ?
La quotité est initialement proposée par le médecin traitant dans sa prescription. C'est ensuite le médecin-conseil de la CPAM qui la valide et la fixe officiellement. L'employeur et le salarié organisent le travail en fonction de cette décision médicale. Aucune des 2 parties ne peut imposer une quotité différente de celle arrêtée par le médecin-conseil.
📚 SOURCES
- Code de la Sécurité sociale, article L323-3 (version consolidée 2026) : cadre légal du temps partiel thérapeutique.
- Ameli.fr – Espace Employeur (consulté en 2026) : formalités employeur en cas de reprise à temps partiel thérapeutique.
- Journal officiel du 31 juillet 2026 : décret portant sur les nouvelles règles du temps partiel thérapeutique dans la fonction publique.
- Service-public.fr – Fiche F12788 (2026) : conditions d'accès au temps partiel thérapeutique pour les fonctionnaires.
- INRS – Focus juridique (2026) : prévention des risques professionnels et temps partiel thérapeutique.